mercredi 6 mai 2015

Turini sans limites

As a passionate cyclotourist, I’m always on the lookout of new challenges to satisfy my perpetual hunger for kilometres. When I heard of Everesting (http://www.everesting.cc : choose a climb and ride it as many times as necessary to reach the height of Mount Everest in elevation gain), I knew at once it was something for me. So, in November 2014, I took my bike and climbed 22 times the Mont Chauve (Bald Mount), a big hill that dominates my hometown of Nice, performing a 228 km, 8934 m, little ride.

Some time after this accomplishment, I received a mail from the guys at the Everesting project, presenting the new challenge they intended to throw down to the impatient cycling crowds around the world. They called it “High Rouleurs Society” (http://www.highrouleur.cc), and basically, one had to perform a (at least) 400 km and 10000 m elevation gain ride, to be part of this very select community.

I immediately started to draw routes that would allow me to reach the target. It was not a difficult task, given the nearly infinite number of beautiful climbs surrounding Nice. But the accumulations of ups and downs I was building didn’t satisfy me, as I felt they lacked some underlying concept that would unite them in one way or another.

I then remembered an old project that once crossed my mind. It was inspired by an event called “Monte Grappa Challenge”, which proposed to climb the Monte Grappa by six of its different sides. Monte Grappa being a mountain rich of history (intense battles took place there during WW I) and cycling feats, in the Venetian region of Italy.

It appeared to me that the col du Turini, with its ascents from the valley of the Vésubie, valley of the Bevera, and the four of five variants on the Paillons side, could be the place for the same type of event. The similarity between both was even more obvious, as the Authion (the massif overlooking the pass) saw fights in WW II that lasted nearly until the very end of the war. Furthermore, a little road taking its start on the pass and looping around the mountains above permits to visit the remains of the military installations, and to reach the symbolic altitude of 2000 m.

A quick study on Openrunner showed that, starting and finishing from home, doing the Authion loop after the first ascent and performing five more ascents from the different sides, seemed sufficient to fill the distance and elevation constraints imposed by the High Rouleurs Society.

I then searched for a title to give to this achievement. Already existing were “les Cinglés du Ventoux”, “les Fêlés du Grand Colombier”, ”les Fondus de l’Ubaye”, … all being some synonym of “crazy” followed by the name of the mountain. On this model, I could have build ”les Calus du Turini”, calu being a typical niçois word to designate a crazy guy, but, as a Niçois, I dislike much doing things the way that other people do, so I chose instead the name “Turini sans limites”.

At this point, it was nearly finished. The only remaining thing to do was to pick my Garmin, put it on the bike and stroll it upon the track designed at home. In mid-april, I’ve already climbed the Authion to be sure that the road was now free of snow, so I decided that may the 6th would be the appropriate day.

For those who’d like to follow my route on the map, my milestones have been Nice, l’Escarène, Peira-Cava, Turini, Authion, Turini, La Bollène, Lantosque, Col Saint-Roch, Turini, Peira-Cava, col de Braus, Sospel, Moulinet, Turini, Peira-Cava, Col Saint-Roch, Lantosque, La Bollène, Turini, Peira-Cava, Col Saint-Roch, l’Escarène, la Pointe, Contes, Coaraze, Col Saint-Roch, Turini, Moulinet, Sospel, Col de Braus, Peira-Cava, Turini, Peira-Cava, l’Escarène and Nice.

On my way back home, when in l’Escarène, I saw that a direct return home would put me below the 10000 m target. So at the col de Nice, I turned right and added the col du Calaïson to the record. But it was a too modest climb, and I had to do a last detour to the Monastère de Cimiez before I could finally go home. With a 414 km, 10068 m record proudly uploaded on Strava.


Though not envisaging it, should this ride see the day of light, I think that the six ascents I challenged myself to are a bit too much. But a cycling meeting that would propose a few different options: a single climb to the Authion for everybody, the addition of the two other main sides (Vésubie and Bévéra) for the tougher cyclists, and finally the Coaraze side for those who want the biggest challenge, looks like something appealing. The possibility to climb at 2000 m at the end of april, and the renown of French Riviera, are other assets that could attract people from northernmost countries. But I think I will be too busy cycling to dedicate myself to the organizational tasks.

dimanche 3 août 2014

BIG de Sardaigne

A passer tous mes étés dans mon village de Poggio-di-Nazza, j’avais fini par escalader tous les BIG de la Corse. Si Bavella et Verde faisaient partie de mes balades habituelles bien avant que je ne connaisse le challenge BIG, et que la Restonica ne m’avait demandé que 150 km aller/retour pour aller la grimper, j’avais dû m’employer davantage pour les suivants. J’avais d’abord inscrit Piana et le col de Vergio à mon palmarès à l’issue d’une belle ballade de 310 km. J’étais allé chercher l’année suivante  le col de Prato, puis le Haut-Asco, au prix de deux sorties de plus de 200 km chacune. Finalement, profitant une année de débarquer à Île-Rousse, j’avais laissé le volant à ma femme et fait le trajet vers le village à vélo, en passant bien sûr par la Bocca della Battaglia. Et enfin, quelques jours plus tard, devant récupérer mes parents à l’aéroport de Bastia, j’étais parti bien en avance pour avoir le temps de faire le tour du Cap Corse et terminer ainsi la série des dix BIG corses.

Ce qui fait que je m’étais trouvé fort désemparé au début des vacances 2014, de me retrouver dans une île sans nouveau BIG à conquérir. Mes regards se sont alors portés vers la Sardaigne, qui se trouve être la porte à côté quand on est en Corse. Coup de chance, une carte de la Sardaigne traînait dans la maison, oubliée par Dieu sait qui. Le site du challenge BIG et Openrunner allaient faire le reste. Ainsi, le dimanche 3 août, je quittais Poggio-di-Nazza direction Bonifacio afin de prendre le bateau de midi.

J’étais déjà allé à Porto-Vecchio en vélo, et je savais qu’en prenant l’ancienne voie ferrée jusqu’à Travo, puis en passant par Conca et ensuite Pinarello, je pouvais minimiser les kilomètres sur la nationale. Passé Porto-Vecchio en revanche, la carte ne m’avait pas montré d’alternative. J’ai donc subi 25 km de lignes droites interminables au milieu du trafic routier, qui m’ont laissé un souvenir peu agréable, même si une bonne descente avant Bonifacio permet d’abréger la fin du parcours. Lors de mon trajet de retour je suis passé par Figari, qui est aussi une nationale mais où la circulation était quand même moins importante. Et même si cet itinéraire impose 10 km supplémentaires, je pense que si je dois retourner à Bonifacio un jour, c’est le choix que je ferai.

Quoi qu’il en soit j’arrive finalement à Bonifacio, un peu en avance, ce qui me permet de faire un petit tour en ville. A la force des mollets parce que la montée vers la vieille ville est un sérieux morceau. Et donc, après un petit peu de tourisme, je descends au port et embarque pour la Sardaigne.

Dès l’arrivée, je saute hors du bateau et commence à attaquer la route du bord de mer, très jolie
d’ailleurs, qui permet pendant quelques kilomètres encore des vues sur la Corse au loin. Ne connaissant pas la Sardaigne et étant un peu anxieux de me retrouver sur des routes trop fréquentées, j’avais repéré sur la carte, à partir de Rena Majore, une petite route qui s’enfonçait vers l’intérieur et paraissait tranquille. Le fait est que cette route était si petite que j’ai eu du mal à la trouver au milieu des divers lotissements de l’endroit, et qu’elle était tranquille au point que je ne pense pas y avoir croisé plus d’une voiture. Mais elle était aussi très tortueuse et accidentée, alternant les montées raides et les descentes tout aussi raides. Et même si le relief alentour n’était pas très escarpé, je pense m’être imposé un bon dénivelé supplémentaire, sans compter la rugosité du revêtement et la chaleur du début de l’après midi. Ayant finalement rejoint un axe plus important, et plus roulant, à Aglientu, et constaté que le trafic automobile y était très supportable, je me suis dit après coup que j’aurais sans doute moins souffert en continuant le long de la côte jusqu’à Vignola Mare.

Enfin, ce qui est fait est fait. Un peu avant Tempio Pausania, je m’arrête un petit moment pour me restaurer. Quand je repars, l’après-midi commence à
être bien avancée et la chaleur a décru. Ce qui n’est pas plus mal, car pour arriver à Tempio la route remonte encore. Quelques kilomètres après la sortie de la ville, je me rends compte que la végétation a changé. Les buissons méditerranéens ont été remplacés par de grands conifères qui font voir que l’altitude commence à s’élever. A l’embranchement du Monte Limbara, un panneau indique la Madone delle Neve à 10 km. J’espère en moi-même que cette Madone ne se trouve pas trop loin du sommet (je rassure les biggeurs, une fois arrivé là, il ne reste tout au plus qu’un kilomètre).

Alors que je pensais me retrouver absolument seul une fois sur la route de la montagne, il passe plus de voitures que je n’en ai vues jusqu’à présent, et cet afflux de véhicules est vraiment intrigant. Il n’y a d’ailleurs pas que la circulation à me préoccuper, le début de la montée est suffisamment difficile pour m’obliger à m’employer fortement sur mon vélo. De nombreux lacets se succèdent dans une pente toujours soutenue. Un léger replat arrive enfin, juste avant Valliciola, où se trouvent un parking et un snack. Sitôt après, la route devient plus étroite et j’affronte une côte bien raide, suivie d’une descente tout aussi raide, qu’il faudra remonter au retour.

La fréquentation sur la route ne faiblit pas, aussi bien voitures que piétons, et je commence à entendre des flonflons. Arrivé à la Madone delle Neve, c’est la grosse fête. Du monde partout, la musique à fond, pas vraiment l’idée que je me faisais de l’ambiance en haut d’un BIG au fin fond de la Sardaigne. Mais nous sommes dimanche et apparemment des réjouissances ont été organisées là-haut ce jour. Je dépasse tout ça et attaque la fin de la montée en musique. J’atteins le portail qui représente l’arrivée, prends la photo rituelle et m’apprête à redescendre, mais j’ai des remords et je franchis finalement le petit portillon qui s’ouvre dans ce portail. J’arrive ainsi au plus haut du sommet, où ne se trouvent que quelques bâtiments sans grand intérêt. Quoiqu’il en soit, ce Monte Limbara est un joli BIG, tant pour la montée qui est bien ardue au début et sur la fin, que pour les vues dégagées qu’il offre lorsqu’on arrive vers le sommet.

En redescendant, je m’arrête au snack pour un rafraîchissement bien mérité, et la question de savoir où je vais dormir ce soir commence à trotter dans
mon esprit. Au moment où je repars, j’aperçois juste en face un panneau indiquant un hôtel, mais quelques mètres dans l’allée me font voir que l’établissement est fermé. Je me lance donc dans la descente en me disant que je verrai bien où j’allais arriver. Il est presque huit heures lorsque je rejoins la route principale, je suis encore à 25 km d’Oschiri, et la route continue à monter. Heureusement pas pour longtemps, car j’arrive bientôt au Passo Limbara. A partir de là je me  retrouve sur une descente de rêve : juste ce qu’il faut de pente pour m’amener le plus loin possible le plus rapidement possible. Après plus de 10 km de cette descente, j’arrive à un grand lac, très beau dans le soleil couchant. En arrivant à Oschiri je tombe sur un hôtel-restaurant, mais qui ne fait plus hôtel depuis longtemps. Heureusement le garçon du bar m’indique gentiment un Bed & Breakfast un peu plus loin dans la rue. J’arrive à me faire ouvrir en m’expliquant en italien à travers le parlophone, ce qui n’était pas gagné d’avance. Une dame assez âgée m’accueille, qui ne semble pas particulièrement ravie par l’intrusion de mon vélo dans son entrée bien proprette. J’arrive quand même à le caser sans rien abîmer, je m’installe dans la chambre, et après une douche et un bon repas un peu plus loin sur une petite place, je me dis avec satisfaction que la journée ne s’est tout compte fait pas mal déroulée.

Le lendemain à 7h30 précises (j’avais réussi à négocier une avancée d’une demi-heure sur l’horaire), je prends rapidement mon petit déjeuner et m’apprête à payer mes hôtes. Monsieur, que je n’avais pas vu la veille au soir, tient la caisse, Madame est présente aussi. Après quelques paroles enjouées sur mon périple de la veille et mon programme pour la journée, ils me présentent une note de 25 €, que je trouve fort honnête. Suit une scène plutôt cocasse. Ils sont apparemment tenus d’inscrire mon identité sur leur registre, mais n’arrivent pas à déchiffrer ma carte. Après avoir essayé chacun à leur tour, avec leurs propres lunettes, celles du conjoint, etc. je viens finalement à leur secours. J’attrape un papier sur la table et recopie en lettres de 2 centimètres de haut mon nom, prénom, adresse, etc. Leur visage s’éclaire et ils me remercient tout deux chaleureusement.

Le début de mon trajet, en quittant Oschiri, n’est pas des plus folichons. Le parcours vers Ozieri s’effectue sur une route importante, assez plate, entrecoupée de faux-plats pénibles. Après Ozieri, j’entame la vraie montée vers la Punta Masiennera. A l’entré de Nughedu San Nicolo, je manque rater la direction de Bultei, qui n’est indiquée que par un petit panneau sur la gauche, alors que ce qui semble être la route principale est en fait l’accès au village. Je continue ma montée, la route est jolie sans plus, mais elle m’amène jusqu’en haut. Là, je me retrouve à un carrefour, sans aucun panneau indicateur de col. Je me mets à avoir des doutes, d’autant plus que la route à gauche semble continuer à s’élever. Je prends la photo à l’endroit où je suis, et vais voir jusqu’où va l’autre route. Après un petit kilomètre, elle arrive elle aussi à un petit col, sans plus d’indication que le précédent. Je prends une nouvelle photo, et je fais demi-tour en espérant avoir bien franchi le passage requis pour le BIG (finalement le BIG se trouve bien au premier carrefour, cf. photo ; pas la peine d’aller voir plus loin sur l’autre route).

La descente qui suit se fait en surplomb d’une vaste plaine, la matinée touche à sa fin et je me dis que je ne vais pas avoir froid arrivé en bas. J’avais là aussi envisagé pour arriver à Nuoro une petite route parallèle à la nationale, un peu plus au nord. Mais j’ai été échaudé la veille par mon itinéraire bis, et je commence à me sentir un peu moins attiré par le charme des chemins de traverse tourmentés et mal revêtus. De plus, je pense aux 3-4 jours d’absence que j’ai annoncés à mon épouse, et je commence à me demander de combien je vais les dépasser. Je tourne quand même à gauche à l’endroit prévu, mais avec beaucoup de réticence intérieure. Comme la veille je me retrouve devant une route minuscule, au revêtement granuleux à souhait, et retourne donc aussitôt sur la route principale. Néanmoins, je pense qu’à une période moins cuisante que le début août, et si on n’est pas trop pressé, la petite route est certainement plus agréable.

A Nuoro je m’arrête pour manger et repars dans la descente en direction de Dorgali. Au bout d’une heure, je commence à apercevoir un joli lac sur ma droite (lago del Cedrino). Je m’en approche peu à peu jusqu’à me trouver face au pont qui le traverse. Je m’accorde une petite pause avant le pont, d’autant que je vois bien, comme c’est invariablement le cas, que la route reprend la pente ascendante dès la sortie du pont.

La montée vers Dorgali est éprouvante du fait de la chaleur, que je subis d’ailleurs depuis plusieurs heures. Tout en pédalant, j’évalue mentalement toute
la distance qu’il me reste à parcourir. J’avais prévu un itinéraire du nord au sud de la Sardaigne, passant par tous les BIG jusqu’à Cagliari, avec une remontée en train jusqu’à Olbia et un retour en vélo d’Olbia à Santa Teresa Gallura (ce n’était peut-être pas une très bonne solution, voir plus loin mes considérations à ce sujet). Je calcule qu’il reste environ 300 km jusqu’à Cagliari avec quatre BIG à grimper, la remontée de la Sardaigne en train, le tronçon Olbia–Santa Teresa à faire en vélo, la traversée en bateau, sans oublier le retour une fois rejoint la Corse, de Bonifacio jusqu’à Poggio-di-Nazza. D’une part cela fait beaucoup en regard de la durée d’absence que j’ai annoncée (un petit peu d’optimisme soit, mais doubler le délai prévu, on risque de trouver ça un peu exagéré), d’autre part je suis à ce moment-là en train de monter une côte sous une chaleur accablante, et la perspective d’encore plusieurs journées sous le cagnard m’effraie un peu. Je prends donc à ce moment-là la décision de ne pas m’arrêter le soir, et de continuer à rouler pendant la nuit. Je profiterai moins, forcément, de l’étendue des paysages que je traverserai mais d’un autre côté j’apporte une solution à mes deux principales préoccupations du moment. Et puis pour un cycliste, l’important après tout c’est de pédaler.

Satisfait de ma décision, je m’arrête à Dorgali afin d’assurer le ravitaillement pour la nuit. Je reprends la route l’esprit léger (et le vélo un peu alourdi) à l’assaut de la Genna Silanna. Bonne surprise, tout le long du col la pente est très douce, on doit osciller autour du 3%, mais pendant 20 kilomètres, ce qui fait qu’on arrive à plus de 1000 m d’altitude. La route monte  agréablement, en surplombant une vaste vallée sur la droite. Le paysage est magnifique mais un peu estompé par le soleil qui m’éclaire dans la même direction. En passant devant l’embranchement pour Cala Gonone, j’essaye de chasser de mon esprit l’idée qu’en tournant à gauche je me trouverai au bout de sept kilomètres de descente dans une station balnéaire où je pourrai me baigner un buvant des rafraîchissements au bord de la mer. Non, non, pas question, je suis là pour les BIG, je continue jusqu’au col. Là je trouve un petit bar où les rafraîchissements sont aussi bons qu’en bas.

Après le col, la route redescend, mais se met vite à remonter un peu. Je traverse des pare-avalanches dont la présence me surprend à cette altitude et sur ce type de route, enfin j’attaque une franche descente. Après l’embranchement à droite vers Urzulei, la descente se calme un peu et la route se met à remonter vers Talana. Passé Talana, je bifurque à droite pour aller rejoindre le prochain BIG, l’Arcu Corre Boi. Je me retrouve alors à monter un col magnifique, avec de grands lacets et une vue très dégagée vers l’est. Le crépuscule est en train de s’installer, ce qui donne au paysage encore plus de sérénité. Arrivé en haut, aucun panneau, si ce n’est une pierre gravée « Belvedere Regina della Pace », mais qui est là plutôt pour indiquer une implantation artistique voisine. Malgré mes recherches ultérieures sur Internet, je n’ai pas pu trouver de nom à cette montée qui est certainement la plus belle de mon périple avec le Monte Limbara.

Une fois en haut, la route reste un moment sur un plateau, où alternent les montées et descentes assez douces. La nuit est maintenant installée et mon objectif de ne pas avoir chaud commence à être rempli au-delà de mes espérances. Je rajoute mes deux coupe-vent à ma tenue, par moments c’est supportable, mais par moments je me trouve dans des passages plus humides et plus froids qui sont loin d’être agréables (jamais content). J’arrive à un carrefour d’où part la route du Corre Boi. L’accès au col est barré par un énorme panneau disant que la route n’est plus autorisée à la circulation, qu’elle est dangereuse, plus entretenue etc, et qu’il est obligatoire de passer par la nouvelle nationale. Je décline l’invitation en me disant que cette déviation va me permettre d’être tranquille en écartant les voitures, je franchis la barrière et commence ma montée, d’abord sous les piliers de la nouvelle route, ensuite au-dessus. Comme au Genna Silana, la montée tient plus du faux-plat que du mur infranchissable. Je monte tranquillement, dépassé quand même à deux ou trois reprises par des voitures dont je me demande ce qu’elles viennent faire là à cette heure (la réciproque doit être vraie). Quand j’arrive au col, une fois de plus il n’y a aucun panneau (mais pourquoi monter des cols alors ?), je prends quand même une photo et repart dans la descente vers Fonni.

J’arrive à Fonni vers une heure du matin. A l’entrée du village, je prends à droite direction le Monte Spada, la route se met à monter dès le tournant et la fatigue me tombe brutalement sur les épaules. Je continue un peu pour m’éloigner des habitations, mais je suis vraiment las et dès que je vois un endroit un peu caché de la route, je m’arrête et m’allonge dans l’herbe pour quelques instants de repos. Je m’endors, interrompu dans mon sommeil par le passage de quelques voitures, mais j’arrive quand même à récupérer un peu. Je reprends la route, qui monte gentiment, je me retrouve ensuite sur une portion assez plate et j’arrive à l’embranchement vers le Monte Spada. En montant, je suis intrigué par une vive lumière que j’aperçois au loin dans la nuit. Quand j’y arrive, après une montée bien raide, je vois qu’il s’agit d’un restaurant, qui a décidé d’illuminer la route devant lui, sans doute pour aider les cyclistes noctambules, merci.

Arrivé en haut, comme il fait nuit noire, je n’aperçois pas les bâtiments qui marquent l’arrivée du BIG. Je continue donc environ 500 m sur une route
assez plate, mais qui n’est plus goudronnée. J’arrive finalement à un portail après lequel il n’y a plus rien. Il fait bien froid à 1300 m d’altitude, j’ai déjà sur le dos tous les vêtements cyclistes que j’avais emportés, je récupère en plus dans ma sacoche un t-shirt qui faisait partie de ma tenue civile pour après le vélo, que je rajoute dans la perspective du long trajet dans le froid qui m’attend maintenant (une remarque en passant : sur la même route que le Monte Spada se trouve l’embranchement vers le refuge de Bruncu Spina, qui avec 1570 m d’altitude est présentée comme la plus haute route de Sardaigne, et qui ferait peut-être un meilleur BIG, mais je n’y suis pas monté pour confirmer).

Je retrouve la route qui vient de Fonni après la descente du Monte Spada. Je progresse dans la forêt, tout seul dans la nuit. De temps en temps, je dérange quelques sangliers dont j’entends les cavalcades. Je m’accorde un nouveau petit somme, puis j’arrive à un endroit où un dilemme se pose à moi. Le chemin le plus rapide en kilomètres et dénivelé passe par l’Arcu Guddetorgiu, mais j’ai des doutes sur la route, est-elle goudronnée ou non ? Finalement j’opte pour la sécurité et je prends la descente vers Desulo. Arrivé en bas, je repars dans une légère montée pendant plusieurs kilomètres. La fin de la nuit approche, j’ai déjà pu sentir l’odeur de quelques boulangeries en traversant des villages endormis, et j’aspire de plus en plus à un bon petit déjeuner. En traversant Aritzo, je vois avec joie un bar ouvert, très matinal car il est à peine cinq heures du matin. A l’intérieur, un mur entier est consacré à des photos immenses de l’équipe de football, qui a l’air de monter d’une division chaque année. Je les félicite intérieurement et vais vite dévaliser la vitrine des viennoiseries, que j’accompagne d’un double café, puis d’un autre. J’apprécie l’instant car ces passages de la solitude de la nuit à une nouvelle journée qui commence sont certainement un des meilleurs moments de ces voyages à vélo.

A cet endroit se situe, je m’en suis rendu compte après coup, ma plus grosse erreur d’itinéraire. Je m’embarque sur une petite route, vers Gadoni et Seulo, alors qu’il aurait été beaucoup plus rationnel de rester sur la route où j’étais. Ce mauvais aiguillage m’aura coûté 18 km et 600 m de dénivelé. Elaborer un  itinéraire sur des distances aussi longues n’est pas toujours évident, mais c’est la vie. En tout cas ça m’aura permis de longer le joli lac Flumendosa. A la sortie du lac, j’aperçois sur ma droite, un peu en retrait de la route, une maison sous les arbres dont la construction semble avoir été abandonnée après l’érection des murs et du toit. Comme j’ai à nouveau un petit peu sommeil, je me dis que l’endroit est propice et j’en profite pour une dernière petite sieste du matin.

A mon réveil, malgré la proximité du lac, je n’aperçois aucun aigle, ni noir ni rouge. Je reprends donc ma route vers la Punta Serpeddi. Je suis maintenant sur une route plus importante, mais après Senorbi je retrouve une route plus tranquille vers Dolianova. Je sais que pour monter en haut de la Punta Serpeddi il n’y a pas de route goudronnée, j’ai essayé de m’enquérir sur les forums italiens de la praticabilité de la piste pour un vélo de route, mais soit j’ai été mal renseigné, soit j’ai mal compris la réponse, car l’opération s’est avérée impossible.

Mais n’anticipons pas. J’arrive à Dolianova en fin de matinée. Comme la veille la température est très élevée. Je m’arrête à l’ombre pour me restaurer un peu et je repars vers le dernier objectif de mon voyage. Le début du trajet se fait sur une route goudronnée, à peine vallonnée, et pratiquement déserte. Je pense avec appréhension au bon morceau de montée en perspective, sans compter que je suis en train de cuire dans la campagne surchauffée, alors je m’arrête un instant, enlève tout ce que j’ai sur le dos, ne gardant que mon maillot cycliste, range tout dans ma sacoche, et je planque la sacoche au fond d’une haie d’arbustes, dans un endroit que je prends bien soin de repérer pour la retrouver au retour.

Ainsi allégé, je repars de plus belle. Peu après la pente se durcit, je traverse une sorte d’établissement qui semble abandonné, et juste après j’affronte deux épingles où la route doit atteindre allègrement les 20%. En haut de ce passage, l’horizon se dégage et j’aperçois désormais l’ensemble du massif. La pente est tout de suite moins forte, mais le goudron s’arrête également. Je commence à avancer prudemment sur la piste mais ma progression devient de plus en plus difficile. Je parcours péniblement un kilomètre mais à un moment, je me bloque sur un caillou et me retrouve à terre. Je pense aux 10 km restants, qu’il faudra refaire en descente, et à la difficulté que j’ai eu à en faire un seul. D’autre part toute la montagne me paraît absolument déserte à ce moment-là et j’avoue que j’ai un peu peur des conséquences si je devais me retrouver à nouveau par terre, avec moins de chance cette fois. Bref, je me dis que la tâche est par trop ardue, que la Punta Serpeddi ne devrait pas disparaître dans les mois qui vont venir et que cela me donnera l’occasion de revenir visiter la Sardaigne. Je n’ai certainement pas non plus choisi le côté le plus accessible, qui doit définitivement être celui de Burcei, et je me promets que l’année prochaine j’arriverai là-haut coûte que coûte.

Je me résigne donc à faire demi-tour, redescends prudemment la portion en terre et retrouve rapidement mes affaires au bas de la descente. Il me reste encore 20 km de plat jusqu’à la gare de Cagliari, qui risquent de ne pas être une partie de plaisir sous la température du début d’après-midi. Heureusement, sur les longues lignes droites qui m’amènent vers mon but, j’ai la joie d’être aidé par un vigoureux vent arrière. J’avance à 40 km/h sans presque pédaler et je remercie le ciel d’abréger la fin de mon trajet de manière si sympathique. Je traverse Cagliari un peu au jugé, j’arrive à la gare et prends mon billet. Je suis maintenant tranquille jusqu’au départ du train et je profite de ce moment délicieux pour déguster une bonne glace.

J’avais choisi pour rentrer au bateau l’option la plus courte, à partir d’Olbia, mais je redoutais un peu ce dernier tronçon. A la descente du train, il est 8 heures du soir et je m’accorde une pause repas. Quand je repars il fait pratiquement nuit. Je rejoins bientôt l’échangeur de la nationale, c’est tout à fait le genre de route qu’on n’a pas du tout envie de prendre lorsqu’on est en vélo. Mais j’ai beau regarder ma carte, il n’y a pas d’alternative. Au bout de deux kilomètres fort inconfortables, j’arrive à un rond-point. J’ai le choix entre prendre tout droit, le plus direct, ou à droite vers les plages. Je m’arrête pour compter les voitures qui vont dans chaque direction. Il n’y a pas de côté vraiment moins fréquenté que l’autre, je continue donc tout droit.

La suite de mon trajet ressemble à un cauchemar : la route est pleine de voitures, et il n’y pas du tout de place sur le côté. Je me colle à la barrière de sécurité, avec des voitures qui me doublent en permanence, dont certaines manifestent (je leur donne à peine tort) leur désapprobation de voir un vélo sur cette route, en pleine nuit. Pour couronner le tout, je suis en train de monter un petit col, ce qui me fait avancer encore plus lentement. En traversant Arzachena, je me trouve tranquille tout à coup, mais c’est juste qu’une déviation avait détourné la circulation du centre-ville, et je la retrouve à la sortie de la ville.

Petit à petit, les conditions s’améliorent quand même. Le flot de voitures est toujours continu, mais un peu moins dense, la route est un peu moins inhospitalière pour les vélos. Je me rapproche de ma destination, ce qui est toujours bon pour le moral. Après le stress que j’ai vécu auparavant, je ressens une petite lassitude (j’ai quand même peu dormi depuis la veille au matin). Comme il n’est même pas minuit et que le bateau part à 7h00, je n’ai pas de raison de me refuser une petite halte, près d’un champ où quelques chevaux me tiennent compagnie. Après mon réveil, j’arrive rapidement au port de Santa Teresa, où bien sûr il n’y rien d’ouvert à cette heure.

Au port de plaisance, je trouve quelques bancs. Je m’allonge pour une petite heure de sommeil entrecoupée par les conversations des noctambules qui déambulent sur le port. Vers deux heures du matin, un petit vent frais se lève, et ma position devient vite inconfortable, malgré que je me sois à nouveau bien vêtu. Je me lève donc pour chercher une meilleure place, je tourne le coin de la rue et là j’aperçois le paradis sur terre : un renfoncement, à côté de l’entrée d’un hôtel, abrité de trois côtés et meublé d’un banc extrêmement accueillant, tout juste s’ils ne l’ont pas muni d’un matelas avant mon arrivée. J’y dors trois bonnes heures avant de redescendre au port, où la buvette a ouvert et où je prends un petit déjeuner encore une fois bien agréable.
A Bonifacio, je prends, comme je l’ai dit, la direction d’Ajaccio puis de Figari. Je veux profiter de ce trajet de retour pour grimper le col de Bacinu, qui est un peu loin de chez moi pour que j’y sois encore allé. Après Bacinu, je m’échine encore un peu dans la montée vers Levie, le parcours entre Levie et Zonza est assez plat, même descendant sur la fin. Après Zonza, je franchis un nouveau BIG, le col de Bavella (bien connu celui-là). Puis je prends la direction de Ghisonaccia, et je profite d’arriver dans l’après-midi alors que toute la famille est descendue à la plage pour me faire remonter au village en voiture, bonne affaire.

Et le soir, dès que je suis rentré à la maison, je commence à envisager quel itinéraire je prendrai à l’avenir pour aller chercher cette Punta Serpeddi qui m’aura résisté cette année (tout en maugréant gentiment contre la liste du BIG qui nous complique la vie en intercalant ces montées non goudronnées : Canigou, Serpeddi, Garezzo, etc.).

mardi 29 octobre 2013

Foix - Collioures version BIG

Lors des vacances de la Toussaint, nous séjournions en famille à Toulouse et devions partir dans les Corbières pour la suite des vacances. Mon épouse ne s’étant pas opposée à ce que je fasse le trajet de mon côté à vélo, je suis donc parti le mardi 29 octobre pour une petite virée de BIG dans les Pyrénées. Mon programme prévisionnel était de partir de Foix, traverser en direction des Pyrénées Orientales, redescendre vers la Catalogne pour aller chercher les quelques BIG qu’on trouve au nord et nord-est de Barcelone, puis remonter finalement par le train retrouver ma petite famille. J'avais pensé, vu la saison, laisser les cols les plus hauts pour une fois suivante. J’ai vite revu ce programme à la baisse, car je me suis bientôt rendu compte que si en été on peut allégrement démarrer sa virée de BIG à six heures, ou même la poursuivre pendant la nuit, lorsque la fin du mois d'octobre arrive, les températures nocturnes (et même diurnes) font se dire qu’il est finalement plus raisonnable de dormir à l'hôtel, surtout si d’aventure il se met à pleuvoir. Tout ça pour dire que je me suis finalement contenté, ce qui tout compte fait m’a bien satisfait, des BIG sur l’axe Foix, Ax, Prades, Perpignan.

Col de Montségur
Départ donc de Toulouse par le train ce mardi en fin d’après-midi et arrivée à Foix à 17h33 ; je ne roulerai pas beaucoup de jour aujourd’hui. J’effectue mes premiers tours de roue sur la nationale encombrée. J’avais heureusement repéré sur la carte une petite route permettant de s’en détacher à partir de Montgailhard. Elle n’est pas évidente à trouver, le GPS m’a bien aidé sur le coup, mais je n’ai pas regretté mon choix, car je l’ai trouvée très jolie et calme. J’entame donc une montée tranquille sur cette petite route au milieu des pâturages. Au bout de quelques kilomètres, mon estomac m’amène cependant à penser que le repas de midi est déjà loin, et que si je veux pédaler encore quelques temps, il va falloir que je me nourrisse à un moment donné. Je traverse quelques villages (Leychert, Roquefixade, …), mais sans y trouver aucun commerce ouvert. Je commence à me faire du souci, et me dis que j’ai été bien stupide de partir comme ça bille en tête sans me ravitailler d’abord, alors qu’un détour de deux cents mètres à Foix m’aurait permis de trouver tout ce qu’il me fallait.

La route se met à descendre et en bas de la pente je croise à nouveau la nationale. Le trafic que j’y trouve me fait une nouvelle fois me féliciter de ne pas l’avoir empruntée. J’arrive peu après au croisement pour Montségur. Là, je me trouve devant un dilemme : me dérouter vers Lavelanet où je suis à peu près sûr de trouver ce qu’il faut pour me nourrir, au prix de 5 ou 6 km de détour, ou bien poursuivre ma route en espérant trouver quelque chose en chemin. Le nombre de voitures qui prennent la route de Montségur me fait dire que ce n’est peut-être pas le désert par là. De plus, je m’imagine le château comme un haut-lieu touristique, et je me dis que je devrais trouver vers Montségur au moins un restaurant ouvert. Je décide donc de tourner à droite, le sort en est jeté. J’arrive bientôt à Villeneuve d’Olmes, où je vois un panneau « commerces » vers la gauche. Je le suis et me retrouve devant une boulangerie, mais le boulanger est sur le pas de sa porte en train de fermer (il est 19 heures). Par chance j’aperçois juste à côté les lumières d’un supermarché ouvert jusqu’à 21h30. Je suis sauvé !

Ayant fait le plein de nourriture, je reprends mon chemin, traverse Montferrier complètement endormi, et arrive au col de Montségur dans la nuit noire. Il va falloir que je revienne si je veux voir les ruines du château. Je me lance dans la descente de l’autre côté et traverse le village de Montségur bien éclairé, mais beaucoup plus petit que je ne pensais, et sans quoi que ce soit d’ouvert. J’ai eu de la chance de pouvoir assurer le ravitaillement plus bas.

A ce moment-là, je commence à sentir une petite pluie qui se met à tomber. A Fougax-et-Barrineuf je ne prends pas sur ma droite la direction des gorges de la Frau, car j’avais vu en préparant mon périple que la route s’y terminait par un sentier. Je m’arrête en revanche quelques instants sous le lavoir pour me couvrir et me restaurer un peu. Je recommence à me faire du souci, non plus pour la nourriture, mais pour savoir comment je vais passer la nuit.

La pluie continue à tomber doucement, et je m’inquiète un peu de monter au col de Pradel en pleine nuit avec ce temps. A Bélesta, je tourne en direction du col de la Croix-des-Morts, qui doit être sympathique à monter en plein jour malgré son nom. En bas de la descente, je traverse Espezel où j’aperçois un panneau « Hôtel-Restaurant ». Je le suis sans trop me faire d’illusions, étant persuadé de le trouver fermé. Mais non, l’enseigne est éclairée, et j’aperçois même des gens dans la salle de restaurant. Je rentre dans le bar, il est environ 21h30, et demande une chambre pour la nuit. S’en suit un conciliabule dans les cuisines, apparemment l’hôtel est tenu par des Anglais. Finalement, on m’annonce qu’on va me préparer une chambre, ouf. J’ai bien eu l’impression d’avoir été le seul client cette nuit là.

Après une bonne nuit et un bon petit déjeuner, je pars vers le col de Pradel à une heure raisonnable (8 heures). Entre-temps, j’ai, comme je l’ai dit en préambule, modifié mon plan de route. Au revoir l’Espagne, à la place je ferai le détour vers le plateau de Beille et le mont Canigou (enfin, j’en avais l’intention). Après une petite descente à la sortie d’Espezel, je commence à remonter les gorges de la Rebenty. Passé la Fajolle, on aperçoit les hauteurs, et je constate que la pluie de la veille a saupoudré de neige les sommets, à partir des 1500 m environ, me semble-t-il. J’arrive au col du Pradel enneigé, et commence ma descente par une fraîche température de 0,5° à mon compteur. Heureusement, le soleil est là et en bas de la descente il fait beaucoup moins froid.

N’ayant pas vraiment prévu le plateau de Beille à mon programme initial, je n’ai pas regardé s’il y avait d’autre itinéraire que la nationale pour y arriver. Après coup, il n’y en a pas trop, sauf si l’on n’est pas pressés, on peut faire le détour par le col de Chioula, la route des Corniches, mais en rajoutant beaucoup de dénivelé. J’attaque donc les 15 km de nationale jusqu’aux Cabannes, où commence la montée vers le plateau de Beille. Je suis dans la montée aux alentours de midi, et la température est très supportable, même si un passage à l’ombre juste avant l’arrivée me rafraîchit un peu. En haut de la montée, je jette un coup d’œil au paysage vaste et magnifique, et toujours bien enneigé, que l’on découvre de là-haut. Au sud-ouest surtout, on aperçoit la crête derrière laquelle se trouve Andorre (enfin, je pense que c’est ça). La descente est un peu moins froide, vu l’heure, que celle du col du Pradel à 9h30.



Après une remontée laborieuse de la nationale au milieu du trafic, avec des montées entrecoupées de passages un peu plus plats, je repasse à Ax-les-Thermes, où je me restaure et entame la montée vers le port de Pailhères, qui sera mon point culminant de la journée. Les panneaux sur le bord de la route indiquent que le col est fermé, je commence à me demander ce que je vais trouver là-haut. Quelques kilomètres au dessus d’Ax-les-Thermes, je finis par rejoindre l’embranchement vers le col de Pradel. Ça y est, le détour vers le plateau de Beille est terminé, et j’ai un nouveau BIG à mon palmarès, je suis bien content.

Un nouveau panneau « Port de Pailhères fermé » me cause un peu de souci. Tout en continuant à pédaler, je me mets à gamberger, en me demandant si je suis bien raisonnable de m’engager dans un col fermé. Même si tout au long de la journée la couche de neige m’a paru bien mince, je me dis que c’est peut-être différent sur l’autre versant de la montagne. Enfin bref, pour me rassurer un peu, je profite d’avoir un peu de réseau téléphonique à la station d’Ascou pour appeler ma femme. Je lui dis donc que je vais m’engager dans une route fermée à la circulation, qui sera peut-être enneigée, et que si je ne donne pas de nouvelles d’ici quelques heures, il faudra engager les recherches du côté du port de Pailhères. Ainsi rassuré, je recommence la montée. Par curiosité, je me mets à regarder la température que me donne mon compteur. Grave erreur, le rythme auquel je la vois baisser me fait tout de suite dire que je ne vais pas avoir chaud dans les moments qui vont suivre.

Effectivement, il fait un froid polaire au sommet, agrémenté d’un vent très fort qui heureusement est plutôt dans mon dos. Tous les poteaux, toutes les surfaces verticales au bord de la route sont recouverts d’un givre poussé par le vent, alors que la route est parfaitement dégagée. La fermeture du col n’était vraiment aucunement justifiée. Je dépasse les quelques maisons qui se trouvent peu avant le sommet, et arrive à la petite construction sur laquelle est fixée le panneau du col. Vite, vite, la photo commémorative et je vais me mettre à  l’abri du côté où le vent ne souffle pas. Je m’aperçois qu’alors que je me croyais seul, j’ai en fait un compagnon, sous la forme d’un bonhomme de neige, qui doit se trouver plus à l’aise que moi, car la température ambiante est de -2,5 °.

J’ouvre ma sacoche et sors tout ce qu’il reste dedans pour me couvrir : ma veste de pluie qui bien que fine est heureusement assez enveloppante, je mets même mes gants Mapa, normalement c’est pour quand il pleut, mais je me dis qu’une couche de plus ne peut pas faire de mal, et je commence la descente. Habituellement, quand je commence une descente dans le froid, je mets mon compteur sur le mode température, pour faire remonter mon moral le long de l’échelle des degrés. Mais là, les -2° du col m’accompagnent pendant très longtemps. J’ai très hâte de retrouver des altitudes plus clémentes, je descends donc le plus rapidement possible, tout en restant prudent car de nombreux lacets pimentent la descente. Je me fais d’ailleurs la réflexion que ce col doit être aussi bien agréable à monter par ce versant.

Je finis quand même par arriver en bas de la descente. Dans le village de Rouze, une route barrée me fait
craindre un détour dont je me passerais bien, mais un coup d’œil au GPS me montre que je n’ai pas de raisons de m’inquiéter, l’itinéraire que je suis forcé de prendre semblant même plus direct que celui auquel j’ai dû renoncer. Ayant rejoint la route de la vallée de l’Aude, je prends la peine de m’arrêter quelques instants pour lever l’alerte auprès de mon épouse, avant qu’elle ne lance une armée de secouristes à l’assaut des pentes du port de Pailhères. Je roule un moment dans une vallée assez étroite, traverse Escouloubre-les-Bains et commence sur la gauche une montée qui me fait passer par les cols de Moulis et de Garavel, alors que le soir commence à tomber. Quand je finis la descente et rejoins la route du col de Jau, la nuit est installée, et je monte, par des pentes tout à fait raisonnables, au milieu d’une forêt dont je n’aperçois que les troncs qui bordent la route.

L’arrivée au col de Jau marque le début d’une descente interminable, d’abord dans un décor de montagne assez désertique, puis petit à petit les maisons apparaissent. En traversant Moltig-les-Bains, j’aperçois un bâtiment dont les nombreuses fenêtres éclairées m’impressionnent dans la nuit. Je découvrirai plus tard qu’il s’agissait de l’hôtel du château de Riell. Aux abords de Prades, je fais appel à mon GPS pour trouver un hôtel, il m’indique le Pradotel, où je prends la dernière chambre encore restante. Ouf, j’ai encore failli dormir dehors pour la raison diamétralement opposée à celle de la nuit précédente. Je fais un saut au McDonald’s de l’autre côté du rond-point (je n’ai pas vraiment le goût, après 13 heures de vélo, à aller chercher un restaurant plus sympathique en ville), et je vais vite rejoindre ma chambre.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner qui aurait contenté trois clients habituels de l’hôtel, je repars dans la vallée du Têt, bien connu du cruciverbiste que je suis. Je longe les murailles impressionnantes de Villefranche-de-Conflent et prends à gauche la vallée de la Rotja, direction le col de Mantet. On se rend tout de suite compte de quelle est la production agricole principale de la vallée : il ne se passe pas 500 m sans que je ne vois sur la droite ou la gauche de la route un panneau « vente de pommes, jus de pommes ». A Sahorre, le village le plus important de la vallée, des affiches me disent même que si j’étais venu le dimanche précédent, j’aurais pu assister à la fête de la pomme.

Dans Sahorre, un panneau indique à droite la route de Py et de Mantet (17 km, mais le col est un peu avant). A la sortie de Py, la route prend une forte pente, qu’elle ne lâchera pas, mis à part un court tronçon, jusqu’à l’arrivée au col. La montée est magnifique, le temps et la température sont merveilleux pour la saison, mais mon avancée est laborieuse. J’ai dans les jambes ma journée à 200 km de la veille, sans compter le jour précédent. Je finis par arriver au col et prends la photo rituelle. Il reste un kilomètre de descente pour arriver à Mantet, mais je suis là pour les BIG, le dernier village de France à avoir accueilli l’électricité se passera de ma visite.

Je fais donc demi-tour et redescends jusqu’à Sahorre où, au lieu de redescendre par où je suis arrivé, je prends à droite direction Vernet et ce que je crois encore être la route du Canigou. Passé Vernet, la route monte jusqu’à Fillols. A Fillols, je trouve sans encombre le début de la route que j’avais enregistrée dans mon GPS, mais au bout de quelques mètres, je me trouve devant une piste très caillouteuse. Vu son état, je juge qu’il est impossible de l’affronter pendant 15 km avec mon vélo de route. Comme j’avais vu sur la carte en préparant mon itinéraire qu’il existait un autre chemin, je me décide donc de partir à sa recherche. Je me bats avec mon GPS pendant un moment, mais les pistes forestières ne sont visibles sur l’écran qu’à partir d’un très gros agrandissement de la carte, et l’enchevêtrement de pistes à cette échelle est tel, et la zone visible à la fois si réduite, que je renonce à trouver quelque chose avec lui.

Je repars donc en direction de Prades, en étant attentif aux embranchements sur ma droite. A Taurinya un panneau Cortalets me fait penser que j’ai trouvé le bon chemin, mais là encore je me retrouve très vite devant une piste à VTT. Je renonce alors définitivement au Canigou, en me disant qu’il ne perd rien pour attendre, et me lance vers le dernier objectif BIG de mon voyage, la tour Madeloc. A la sortie de Prades, un panneau « Massif du Canigou » me fait hésiter, mais mes déboires précédents et le fait que j’ai déjà dans ma tête changé d’objectif font que je continue tout droit. Mes recherches ultérieures me feront comprendre qu’il s’agissait cette fois-ci de la bonne route, celle de Villerach. Il faudra que je revienne en 2014 vérifier si elle est accessible jusqu’en haut aux vélos de route.

Mon souci pour le trajet entre Prades et Argelès était d’essayer d’éviter tant que faire se pouvait les routes trop importantes, j’y ai réussi à moitié. Je m’étais résigné de toute façon à devoir prendre la nationale à la sortie de Prades, aucun autre chemin n’étant visible sur la carte. J’ai quand même emprunté pendant quelques kilomètres une petite traverse en tournant vers Bouleternère, mais j’ai vite rejoint la route de Thuir, très passante. La traversée de Corbères me procure un petit répit, mais je retrouve vite la grand-route. Peu après Thuir, j’aperçois une piste cyclable sur la gauche, je la prends avec enthousiasme, mais très vite je la vois dévier de mon chemin.
Plutôt que de faire demi-tour, je regarde mon GPS et vois que je pourrai rejoindre l’itinéraire programmé en prenant la prochaine à droite, ce que je fais. Désormais résigné, je continue sur les grands axes jusqu’à Bages où là je prends enfin une petite route qui traverse Ortaffa, Palau et Saint-André. L’analyse a posteriori de mon itinéraire me fait dire que j’aurais peut-être eu mieux fait de passer par Trouillas, Brouilla et Saint-Génis, je serais resté moins longtemps sur la nationale par là. Quoi qu’il en soit, mon objectif est de plus en plus proche, je vois même le pic au sommet duquel se trouve la tour Madeloc. Mon moral, entamé par les longs kilomètres que je viens de parcourir dans une plaine pas toujours accueillante, remonte en flèche.

J’arrive enfin à Argelès. En traversant la ville, je marque un arrêt bien mérité (enfin je trouve) devant une boulangerie à l’air sympathique. Une fois repu, je me débrouille à trouver la route de la tour Madeloc au milieu d’un rond-point autoroutier et entame ma dernière ascension de la journée. La route est tranquille, bien qu’un peu gravillonneuse, je prends le temps de m’arrêter aux tables d’orientation qui se présentent, et je salue les promeneurs avec la sérénité que me donne le sentiment d’être pratiquement arrivé au bout de mon voyage.

Les routes d’Argelès, Collioure et Port-Vendres se rejoignent toutes les trois au col de Mollo, et la route continue de monter pour aller rejoindre Banyuls. Arrive enfin la cerise sur le gâteau : à partir du sens interdit (aux voitures), la route devient assassine, la pente oscille entre 10 (les parties faciles) et 20 %. Je suis debout sur les pédales, je serre les dents en me disant « ne pas mettre pied à terre, ne pas mettre pied à terre ». Enfin la délivrance (et la tour) arrive. J’arrête mon vélo et prends le temps de regarder le paysage qui est magnifique dans toutes les directions. D’un côté les Pyrénées, de l’autre l’étang de Barcarès avec les Corbières en toile de fond, au bord de la mer se succèdent Collioure, Port-Vendres et Banyuls. Le soir tombe, et j’attaque ma descente vers Collioure. La route est particulièrement en mauvais état, mais il en faut plus pour entamer ma joie d’avoir fini mon périple en ayant rempli ma musette d’une bonne brassée de nouveaux BIG. Je profite le plus possible du spectacle merveilleux de Collioure illuminé en dessous de moi. J’arrive finalement en ville, trouve sans problème le chemine de la gare, et prends mon billet. Là, en attendant le train, je savoure avec délectation un bon sandwich qui attendait ce moment depuis longtemps dans ma sacoche.

Je descends du train à Port-la-Nouvelle, où je reprends mon vélo pour une dizaine de kilomètres au milieu des voies rapides et des échangeurs d’autoroute, en pleine nuit maintenant. J’arrive enfin à Roquefort-des-Corbières, où je retrouve femme et enfants qui n’attendaient que moi pour partir à une soirée organisée à l’occasion d’Halloween. Moi qui ne venais de faire que 450 km en deux jours et demi, j’éprouve une joie immense à l’idée de sortir jusqu’à deux heures du matin. Le repos n’est pas encore pour tout de suite. Mais je fais contre mauvaise fortune bon cœur, je danse même (enfin si on peut oser appeler ça danser en ce qui me concerne) le rock avec ma femme. Pour me donner du courage, je me dis que s’il y avait encore eu un BIG sur ma route, je n’aurais pas rechigné à le monter, et que cette petite épreuve supplémentaire n’est pas cher payé pour tous les moments merveilleux que je viens de vivre sur les routes.